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Vous avez dit « Révolutionnaire »  ou « Républicain », ou l’histoire d’un calendrier.

On vous a appris au collège que le jeune Bonaparte avait fait son coup d’état le 18 brumaire ; une fameuse journée ! Pour situer l’événement, on vous a précisé que c’était pendant l’an VIII, qu’il s’agissait du calendrier révolutionnaire et que c’était en fait le 9 novembre 1799. Ouf !
Aujourd’hui, à part les collégiens qui planchent sur la Révolution, il n’y a plus que les férus d’histoire de France et les généalogistes qui ont à se coltiner avec cet étrange calendrier. D’où les nombreuses questions posées par les chercheurs lors de leurs investigations.
Afin de clarifier la question, nous allons essayer de tout vous dire et de vous donner les références historiques et des tuyaux pour vous y retrouver. Vous pourrez aussi méditer sur le triste destin des deux auteurs du calendrier.

Le contexte historique
Le 22 septembre 1792, la République Française une et indivisible vit son premier jour ; la veille elle a été proclamée ; et le 20, l’armée française, une « armée de tailleurs et de savetiers » à repoussé à Valmy, près du célèbre moulin, l’armée professionnelle austro-prussienne.
Le 20 septembre 1793, un an après Valmy, Gilbert Romme, mathématicien et député du Puy-de-Dôme, présente à la Convention nationale le travail du Comité d’Instruction publique « sur les changement à faire au calendrier ».

 

 

 Gilbert ROMME est né à Riom en Auvergne le 26 mars 1750. Eduqué dans sa ville natale au collège des Oratoriens, il reçoit une solide formation en sciences et en mathématiques. Après la fin de ses études, il passe cinq années à Paris où il participe à la vie philosophique, scientifique et politique. Après un séjour en Russie chez le comte Stroganoff, il rentre en France en 1788. Elu en 1791 à l’Assemblée législative, il est d’abord sympathisant des Girondins. Il rejoint les Montagnards lors de son élection à la Convention nationale. Il s’y montre un ardent adepte des « Lumières » et un vif ennemi de l’Eglise. En janvier 1793, il est de ceux qui votent la mort du roi. Il est en mission dans le sud-ouest quant survient la chute de Robespierre (9 thermidor an III). De retour à la Convention en septembre 1794, il ne renie pas ses idées. Il est arrêté lors du soulèvement populaire de Prairial (20 mai 1795). Quelques jours plus tard, il fait partie des 36 condamnés à mort, dont 6 députés. Gilbert Romme et les cinq autres représentants du peuple se suicident dans leur cellule le 29 prairial an III. gilbertromme 

 

Un travail de savant


Le 5 octobre suivant, sur le rapport du même Romme, la Convention abolissait, pour les usages civils, l’ère vulgaire du calendrier grégorien ; elle établissait une ère nouvelle, l’ère des Français.


Art.1 – L’ère des Français compte de la fondation de la République, qui a eu lieu le 22 septembre 1792 de l’ère vulgaire, jour où le soleil est arrivé à l’équinoxe vrai d’automne, en entrant dans le signe de la Balance à 9 heures 18 minutes 30 secondes pour l’Observatoire de Paris.

Art.2 – l’ère vulgaire est abolie pour les usages civils.

Art.4 – La 1ère année de la République française a commencé à minuit, 22 septembre 1792, et a fini à minuit, séparant le 21 du 22 septembre 1793.

Art.5 – La 2e année a commencé le 22 septembre 1793 à minuit, l’équinoxe vrai d’automne étant arrivé, pour l’Observatoire de Paris, à 3 heures, 7 minutes 19 secondes du soir.
….
Art.7 – L’année est divisée en 12 mois égaux de 30 jours chacun, après lesquels suivent 5 jours pour compléter l’année ordinaire, et qui n’appartiennent à aucun mois ; ils sont appelés jours complémentaires.
Art.8 – Chaque mois est divisé en 3 parties égales, de 10 jours chacune, et sont appelées décades, distinguées entre elles par première, seconde et troisième.
….
Art.10 – En mémoire de la Révolution qui, après 4 ans, a conduit la France au gouvernement républicain, la période bissextile de 4 ans est appelée la Franciade. Le jour intercalaire qui doit terminer cette période est appelé le jour de la Révolution. Ce jour est placé après les 5 jours complémentaires.

Des noms pour les mois et les jours, un travail de poète


Le 6 octobre 1793, la Convention data son PV du 15e jour du 1er mois de l’an II de la République française une et indivisible. Elle continua à employer les mêmes dates numériques de jour et de mois jusqu’au 3e jour du 2e mois (24 octobre 1793). Ce jour là, le poète Fabre d’Eglantine, au nom du Comité d’Instruction publique, présenta un rapport sur la dénomination des jours et des mois.
Dans son préambule, il indiquait, entre autre, « qu’une longue habitude du calendrier grégorien a rempli la mémoire du peuple d’un nombre considérable d’images qu’il a longtemps vénérées, et qui sont la source de ses erreurs religieuses ; il est donc nécessaire de substituer à ces visions de l’ignorance, les réalités de la raison, et au prestige sacerdotal, la vérité de la nature ».

 Philippe Nazaire François FABRE dit Fabre d’Eglantine, est né le 29 juillet 1750 à Carcassonne. Il tire le nom que nous lui connaissons de l’églantine d’or qu’il avait gagnée lors des Jeux floraux de Toulouse. Il est poète, auteur dramatique, d’où l’image bucolique qu’on a de lui. La chanson enfantine «Il pleut, il pleut bergère » est tirée d’une de ses opérettes. Mais, il fait aussi de la politique. A Paris, où il arrive en 1787, il fréquente le Club des Cordeliers et se lie avec Danton et Camille Desmoulins. En 1792, il est le secrétaire du premier. Il est l’auteur du rapport sur la dénomination des jours et des mois du calendrier républicain. Accusé, sans doute à tort, de falsification d’un décret relatif à la liquidation de la Compagnie des Indes, il est guillotiné le 5 avril 1794.

fabre

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